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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 15:54

 

POUR S’EFFORCER DE MIEUX COMPRENDRE LA SITUATION APRES LES ELECTIONS MUNICIPALES

 

Paul Ariès pose pertinemment la question dans son livre Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes : "Le

Présidentialisme municipal, Écrit-il, n’est-il pas aussi dangereux que le présidentialisme national? Mais qui combat encore l’élection du président de la République au suffrage universel ? Qui propose de remettre en cause les pouvoirs propres du maire, véritable homme-orchestre tout à la fois représentant de l’État, président du conseil municipal et directeur de l’exécutif»?

Quelle bataille les forces progressistes ont-elles livrées contre les formes actuelles de métropolisation qui vont bouleverser en profondeur le paysage de notre pays et aggraver la crise de la représentation?

Y aura t-il encore un enjeu politique municipal en 2020?

 

2- La fin du clivage Gauche/Droite.

 

Ces Élections ont été un grand moment de dépolitisation, avec une absence totale de clivage politique. A l’inverse de redonner du sens à l’action politique de nombreux candidats aux élections municipales ont abandonné l’étiquette de divers gauche ou divers droite pour en emprunter une autre encore plus fumeuse, celle ”d’apolitique”,”sans Étiquette”.

 

Les listes à dominante de gauche ont été ravies d’intégrer, en gage d’ouverture et de rassemblement, des personnalités de droite et vice versa, les listes à dominante de droite s’accommodent de l’entrée de personnes de gauche au nom de la pluralité.

Le choix ne porte plus sur le projet mais sur la compétence en matière de ”bonne gestion”. La politique disparaît, et avec

elle la démocratie, pour laisser place à la ”gouvernance”. A savoir l’art de gouverner sans les citoyens, en appliquant une gestion rigoureuse bien dans les clous du libéralisme.

Fini les recherches d’alternatives, les réalisations ne sont ni de droite ni de gauche, elles sont bonnes ou mauvaises.

Nationalement la politique Économique n’est plus de gauche ou de droite, elle est bonne ou mauvaise. Il faut élire le meilleur administrateur, le bon gestionnaire, qui n’aura qu’une seule obsession réduire la dépense publique, quitte à amputer des pans entiers de service public.

 

3- Le glissement à droite de la société.

 

D’alternance en alternance, la situation des gens s’est aggravée. Le sentiment d’impuissance, de dépossession du

pouvoir d’intervention se traduit par un glissement à droite de la société.

Cette expression est discutable. Elle est souvent réfutée, car l’accepter conduirait à d’importantes remises en

causes, y compris dans les organisations qui se réclament de la radicalité. Les renoncements ; l’intégration progressive

dans des systèmes de gestions qui ne changent pas, sur le fond, la vie de nos concitoyens ont progressivement créés

cette situation.

Celle-ci n'émerge pas avec l'élection municipale. En 1986, G. Marchais secrétaire général du PCF dans un comité central ayant pour ordre du jour: l'analyse de l'élection législative, note un glissement à droite de la société, l'analyse est

pertinente, mais le PCF n'en tire aucune conclusion pour son activité. Il abandonne d'ailleurs très vite cette piste, car elle

est jugée démobilisatrice. Or, parler de glissement à droite de la société ne signifie pas que notre peuple est renoncé à une vie plus juste, plus belle, plus sére.

C'est qu'il pense que tout cela n'est plus possible. Il faut reconnaître que nous avons perdu la bataille des idées. Il y

a donc devant nous, un long travail de reconstruction, d'innovation sur le plan pratique et idéologique.

 

4- Plus ou moins de radicalité?

 

Dit autrement faut-il plus ou moins de politique? La réponse ne peut, à mon sens, consister à baisser la barre, pour rendre le rassemblement plus accessible. C’est pourtant cette volonté que je ressent dans les diverses réunions du Front de gauche auxquelles je participe. S’il est vrai, et je le pense, que le système, dans le cadre de sa mondialisation n'est plus régulable, qu'il n'y aura pas de nouveau new deal, ou autre politique de type Kénésyenne.

Parer aux urgences, à l’immédiateté doit se combiner avec la volonté affirmée, visible, de perturber le système, de vouloir basculer dans autre chose. Faire vivre une vision différente de l'organisation sociale.

Le Front national fonctionne comme un anti-système, un au-delà de ce que nous connaissons, il est pour des millions de nos concitoyens l'alternative au capitalisme mondialisé.

Le Front de gauche est encore assimilé à une gauche de la gauche ( cette expression est mauvaise, elle se lit comme la gauche du PS). Et j'ajoute que le terme de gauche complètement associé au PS pose un vrai problème.

 

Pourquoi avons-nous

perdu Aubagne?

 

Aubagne est une ville de 47 000 habitants, avec une sociologie tout à la fois populaire et bourgeoise, je n’accole pas ce qualificatif aux couches moyennes, il s’agit là, de la haute bourgeoisie qui quitte Marseille pour s’installer dans les villes périphériques.

Cela n’est pas sans conséquences sur les rapports de forces politiques et électoraux.

Depuis plusieurs années la droite est majoritaire à toutes les élections nationales, au deuxième tour de l'élection

présidentielle N. Sarkozy obtient 56% des suffrages. Le Front national rééalise des scores importants. En 2008 la municipalité de gauche à direction communiste a été reconduite d'extrême justesse alors que le contexte fut historiquement favorable à la gauche. Une question se pose: une politique municipale plus "lisse" moins

marquée par la radicalité, l'antilibéralisme aurait-elle permit de l'emporter cette fois encore?

Dit autrement, avons-nous perdu Aubagne du fait d'une radicalité de gestion qui nous aurait coupé d'une partie de

l'électorat modérée?

Je préfère poser la question suivante:

 

A quoi peuvent bien servir des élus qui ne travaillent pas des alternatives?

Occuper une position électorale est un moyen pour contribuer à changer l'ordre des choses, en aucun cas un but en

soi. La question est d'importance, il faut l'aborder franchement. Souffrons-nous de trop de politique dans notre pays, ou

d'un effacement de celle-ci?

Si l'on prend acte de la régression idéologique et du travail de reconstruction qui est devant nous, pour y parvenir il faudra de l'audace, et du temps. Il faudra avoir l'audace de transgresser le politiquement correct qui régit aujourd'hui les institutions, l'audace à tous les niveau de désobéir, de nous mettre en dehors des règles établies.

Du temps il en faudra, car on ne crée pas des rassemblements majoritaires dans l'intervalle de deux élections.

Avant de devenir des forces matérielles, les idées révolutionnaires sont d'abord minoritaires. Si nous sommes dans

la seule obsession de contourner les questions de fonds et les conflits nécessaires, susceptibles de nourrir les rassemblements, pour espérer conserver des positions électorales, alors nous ne refonderont jamais une perspective de transformation et de toutes façons nous continuerons à perdre des élus, car il n'y a pas de possible dans l'entre-deux. Le choix c'est l'intégration au système ou son dépassement.

Tous les rassemblements transformateurs dans notre histoire, se sont construits dans le conflit et ont eu comme point de départ la division, car pour avancer le choc des idées doit avoir lieu, vouloir contourner cette réalité nous conduirait dans l'impasse.

Nous souffrons de la dissociation entre la réponse à l’urgence du moment et le travail sur le long terme, celui qui

consiste à définir une autre façon de faire société ensemble.

C’est cette façon de faire, se consacrer exclusivement à l’immédiateté, défendre dos au mur les acquis, qui a plongé les

forces révolutionnaire dans le coma actuel, sans même être en mesure d’apporter les réponses pertinentes et

efficaces aux questions immédiates.

N’est-ce pas une des causes actuelles de l’enlisement du Front de gauche ?

Pourquoi la colère et la déception provoquée par la politique du gouvernement ne bénéficie-t-elle pas

au Front de gauche ?

Faut-il défendre l’emploi, ou porter l’idée de l’appropriation collective des moyens de production ?

Faut-il défendre la sécurité sociale de la Libération ou lui donner un prolongement permettant une sécurité d’existence pour tous, de la naissance à la mort ?

Faut-il défendre les services publics tels qu’ils sont ou leurs donner une nouvelle finalité en plaçant au coeur la gratuité et la citoyenneté ?

Lorsqu'on discute des retraites, faut-il s'en tenir aux questions de financement ou aborder d'abord l'utilité sociale de

tous les individus? Autant de questions à défricher d’urgence pour sortir d’une impasse

politique qui dans la durée peut anéantir sur une longue période toute idée de transformation.

 

5- A propos du mouvement municipaliste.

L’Élection municipale montre les limites du mouvement dit municipaliste. Les expériences, même les plus audacieuses

en matière de citoyenneté de gratuité et autres innovations ne suffisent pas, tant qu'elles sont balbutiantes, cantonnées à l'échelle locale.

Aubagne était de ce point de vue un laboratoire d'alternatives sur le plan local, servant de référence à des collectivités, des mouvements progressistes en France et au niveau international.

En cela aussi l'échec est une grande perte pour tous.

Nous avons essayé à partir de la gratuité des transports de donner corps à un mouvement national, non sans résultats

et nous devrions continuer à animer ce mouvement dans les conditions nouvelles, en partenariat avec d'autres

mouvements et personnalités qui s'inscrivent dans cette visée.

D'autres municipalités ont développé aussi des expériences intéressantes, innovantes. La question est de donner

de la lisibilitée à tout cela en terme de projet alternatif global de société. Force est de constater que nous n'en sommes

pas là, malgré tous les outils qui se sont créés ces dernières années en France et au plan international (réseaux de la

citoyenneté, observatoires, CGLU...).

 

6- L’enjeu majeur de la démocratie.

Il convient de bien cerner la nature des enjeux afin de ne pas se focaliser uniquement sur les conséquences.

L’enjeu politique majeur aujourd’hui est de nature démocratique.

La droite qui a gagné de nombreuses villes s’attaquera aux politiques publiques, certes, mais elles sont déjà mise à mal par la politique gouvernementale, et si rien n’est fait, la métropolisation en sonnera le glas.

L’enjeu essentiel porte sur la question démocratique, aurons-nous demain une société de citoyens consommateurs de

la ville, ou des citoyens acteurs de la construction de leur territoire?

Y aura-t-il l’émergence d’une nouvelle citoyenneté ou une démocratie anesthésiée?

Une société de consommateur ou prime le repli sur soi, régit par la gouvernance des institutions, avec un marché ajusté

pour les consommateurs solvables, laissant le reste de la population dans le dénuement et l’assistanat; ou une

société d’hommes et de femmes égaux et associés?

Le contenu d’une évolution n’est-ce pas, la restitution aux hommes de leur domination sur leur propre vie?

Mettre un terme à toutes actions collectives, prôner l’éloge de l’individualisme, de l’Égoïsme, susciter les divisions parmi les dominés, n’est-ce pas le rêve du capital ?

Produire, consommer ce que la publicité nous demande de consommer, vivre sa vie sans se mêler de la politique,ou alors juste le temps d'un dimanche électoral. Ranger au placard les idées d'émancipation des individus, c'est le

plus sûr moyen pour le capitalisme d'éviter sa remise en cause.

Voila pourquoi à mes yeux l'enjeu démocratique est majeur, il mérite d'être travaillé avec sérieux, car il en va de

l'avenir même des sociétés humaines.

 

Bernard Calabuig

(Association des Communistes

Unitaires)

 

AU FORMAT PDF / 

http://ddata.over-blog.com/5/86/44/62/POUR-SEFFORCER-DE-MIEUX-COMPRENDRE.pdf

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