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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 15:13

Le mot "Alternative" et ses variantes, très fréquemment utilisé dans le contexte de la gauche de la Gauche mais avec des sens différents, désigne souvent l’alternative politique, d’autres fois un projet de société.

Regroupement de forces 
Rassemble-t-on les citoyens autour de la construction d’un projet de transition, ou rassemble-t-on des forces politiques autour d’objectifs à court terme ? Il nous faut respecter nos interlocuteurs militant-e-s et citoyen-e-s car, sans cela pas d’autogestion. Il ne s’agit pas de rassembler des forces de manière non critique dans la résistance à l’austérité, au risque que ces forces se disloquent au moment des choix de transformation sociale… D’ailleurs, aujourd’hui, les citoyens ne s’engagent plus s’ils ne savent pas ce qui peut suivre…

Seul un projet, élaboré avec toutes et tous et confronté à l’expérimentation, permet de regrouper de manière durable des forces en accord avec sa cohérence.

Le projet des Alternatifs est un projet de transition… 
Il n’est donc nullement question de renvoyer à plus tard la réalisation du projet. Nos utopies sont des utopies concrètes.

Cependant des aspects de notre projet présupposent des transformations dans le domaine du politique pour aller vers l’auto-administration, notamment une redéfinition de la citoyenneté et le développement de la démocratie, ainsi que des ruptures mais pouvant être expérimentées dans des espaces de liberté que nous pouvons ouvrir, en particulier par notre présence dans les collectivités locales.

… et un projet de transition écologique. 
« La révolution longue est un processus qui n’a ni début ni fin, qui se vit dans le présent et procède par accumulation de pratiques et de réflexions collectives. Les Alternatifs n’attendent pas un grand soir mais une révolution qui enfonce ses racines dans le quotidien » (Concept défini au Congrès de Nantes 2000).

Il faut abandonner nos soucis d’efficacité et de croissance pour la diversité, la proximité et l’autonomie.

La transformation du mode de production dominant est en jeu et implique :

des changements politiques et réglementaires de rupture (énergie, économie …),

la constitution progressive d’un fort mouvement social réunissant des travailleurs avec des citoyens/consommateurs et liant objectifs sociaux et écologiques,

une intervention dans les secteurs clefs pour constituer des unités productives et des formes d’échange favorables aux nouvelles orientations (comme le mouvement coopératif). Cette intervention implique une évolution du système financier,

la transformation du rapport à la production et à la consommation d’énergies en abandonnant le nucléaire,

la transformation des rapports internationaux.

La transformation de l’économie n’est pas le tout de la transition ; elle s’en tient à la mise en rapport des produits et des besoins. Des activités non-économiques, comme l’aménagement du territoire, doivent revenir sous le contrôle des citoyen-ne-s pour établir des règles communes d’occupation de l’espace.

Il n’y a donc pas une planification économique ou écologique mais des processus de planification qui s’imbriquent.

Sans approche géographique Il n’y a pas d’approche écologique (zones humides, sols et leur artificialisation).

Cela impose une transformation de l’Etat et de l’activité politique elle-même comme décrite dans la Charte municipale et intercommunale des Alternatifs.

Le Front de Gauche en panne, mais « faire front » reste nécessaire

Le Front de Gauche, bien qu’ayant acquis et conservé un rôle central dans l’espace politique à gauche du PS, est aujourd’hui en difficulté, et peine à créer une dynamique vers un objectif clair.

Fondé en fonction d’échéances électorales, il n’a pas été en mesure d’organiser des campagnes d’ampleur, ni d’agréger, de façon durable et significative des secteurs militants au-delà des organisations qui le composent. Les déclarations des uns et des autres, réitérées à l’assemblée de rentrée du 6 septembre, pour « l’ouvrir largement  », restent lettre morte. La question des « adhésions directes » reste en suspens, la vie des « fronts thématiques » est limitée. Le Front de Gauche reste en panne : pas de budget propre, pas d’expression publique permanente autour d’un site ou d’un journal, un fonctionnement minimal voire inexistant dans nombre de départements… Il s’en suit un étiolement des Assemblées citoyennes, des collectifs locaux…

Le Front de Gauche reste donc pour l’essentiel un cartel à vocation électorale. Sur ce terrain, il a connu sa plus grave crise depuis sa création avec les municipales de 2014. La confusion des positionnements du PCF, à géométrie variable suivant les villes, et les divisions qui s’en sont suivies, ont rendu son image illisible. Cette crise a laissé des traces importantes qui ne sont pas comblées aujourd’hui.

Malgré cette situation, le Front de Gauche a survécu et pu faire campagne en tant que tel à l’occasion des élections européennes. Mais il se stabilise à un socle de 6,33% qui, s’il n’est pas dérisoire, est loin de l’espoir qu’avait fait naître la campagne de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, avec un score à 2 chiffres (11,10%).

De son côté, actant une panne durable du Front de Gauche, le PG tente de contourner sa crise par une fuite en avant autour du lancement par Jean-Luc Mélenchon du « mouvement pour la 6ème république », en tentant de reproduire en France l’expérience de « Podemos » en Espagne. Cela passe par une forte relativisation du rôle des partis dans la période actuelle (une analyse que nous pourrions partager), mais en survalorisant de fait le rôle de « l’homme providentiel » …

La possibilité réelle de voir se développer un mouvement populaire autour de l’exigence démocratique, « à froid » en dehors d’un mouvement social d’ampleur, peut être considérée comme très faible. Ainsi, cette initiative risque fort de créer un dérivatif dangereux pour la constitution d’un mouvement significatif face aux problèmes de la période. Certes la question des institutions en fait partie mais elle ne peut être isolée.

Malgré toutes ses difficultés, la nécessité de « faire front » interdit à toutes les composantes de tirer un trait sur le Front de Gauche. La nécessité de disposer d’une force de « résistance », comme celle d’apparaître dans la population comme une identité porteuse d’une alternative à la gauche du PS sont perçues par les diverses composantes comme un socle qu’il serait négatif de disperser. L’assemblée du 6 septembre l’a confirmé : tout le monde déclare vouloir « ouvrir largement » le Front de Gauche et s’adresser « au peuple » même si aucune décision concrète n’est prise pour y parvenir …

Il est nécessaire de dépasser cette situation : au-delà des adhésions directes et de l’amélioration du fonctionnement et pour les favoriser, le FdG doit définir une stratégie et proposer des réponses crédibles et mobilisatrices dans la période. Cela passe par des assises pour enclencher un processus de travail/mobilisation sur le projet et sur des thèmes mobilisateurs : RTT, emploi pour tous et toutes, transition écologique, 6° République …

Quel que soit le devenir du Front de gauche, l’unité de la gauche de transformation sociale et écologiste se rassemblant dans sa diversité est indispensable.

Les Alternatifs sont donc favorables à ce que le mouvement Ensemble ! poursuive sa participation à tous les niveaux du Front de Gauche, de l’assemblée citoyenne locale jusqu’à la coordination nationale, en passant par les fronts thématiques, en ayant toujours le souci de l’ouverture la plus large de celui-ci et de l’instauration d’une dynamique autour d’un projet et de propositions. Cette participation active n’est évidemment pas exclusive et n’empêche nullement des campagnes sur tel ou tel terrain avec des partenaires qui n’appartiennent pas à ce Front.

Ensemble ! : une construction bien partie

Né en novembre 2013, Ensemble ! est en passe de réussir son pari : celui de rassembler dans un même mouvement des courants politiques organisés partageant une réelle proximité d’idées et des militant-e-s syndicalistes, associatifs/ves n’appartenant à aucune composante, aux parcours distincts et aux cultures politiques différentes, rompant ainsi avec la tentative de créer une force à partir d’un seul courant politique hégémonique (comme ce fut le cas pour le NPA en 2009).

La tenue très régulière de collectifs nationaux d’Ensemble !, la 1ère université d’été dont le succès a été remarqué par l’ensemble des composantes politiques de la gauche de transformation, ont permis de se réapproprier une culture politique commune, celle d’une gauche radicale anticapitaliste et de commencer à dessiner une nouvelle culture politique, celle d’une gauche alternative en gestation se référant autant au rouge qu’au vert, autant au féminisme qu’à l’altermondialisme.

Sur le plan organisationnel, des progrès ont été réalisés (site, communication, trésorerie) permettant d’assurer un début de visibilité et de reconnaissance politiques. La candidature de Myriam Martin, tête de liste Front de Gauche dans la circonscription « ouest » à l’élection européenne de Juin 2014, a contribué à asseoir cette visibilité.

A cette occasion, dans leur diversité, les militant-e-s d’Ensemble ! ont montré leur capacité collective à animer, avec d’autres, une campagne de masse, avec un résultat électoral honorable malgré la jeunesse du Mouvement et les difficultés que le Front de Gauche a eues, au plan national, à entrer dans cette séquence électorale européenne. Et les tensions actuelles du Front de Gauche ont entraîné celles et ceux qui sous-estimaient l’importance d’une organisation spécifique de la gauche alternative à réévaluer sérieusement cet enjeu.

Ensemble ! entend donc contribuer à sa mesure à la reconstruction d’un projet alternatif au système capitaliste et productiviste en « y intégrant les dimensions sociales, écologiques et démocratiques dans un même projet de luttes de classes émancipateur » en plaçant l’écologie au coeur de son projet de société et en réalisant la synthèse « du meilleur des traditions du mouvement ouvrier, communiste, socialiste, écologiste et républicain » et des « apports de luttes féministes et pour l’égalité des droits ».

La force politique nouvelle que cherche à construire Ensemble ! se situe en rupture avec le modèle du « partiguide  » ou de « l’avant-garde » et s’efforce de promouvoir des relations horizontales, non iérarchisées entre le mouvement politique qu’il veut incarner et les expressions dont se dotent les mouvements sociaux.

Un équilibre politique acceptable a donc été réalisé entre les militant-e-s qui ont fondé et se retrouvent dans Ensemble !, équilibre qui permet aux militant-e-s des Alternatifs qui défendent une orientation anticapitaliste et écologiste, autogestionnaire, féministe et altermondialiste de s’y investir pleinement.

Cette année d’expérimentation étant donc tout à fait positive pour Ensemble ! , il devient alors possible pour les composantes politiques fondatrices d’envisager leur dépassement : C&A s’est dissout en février 2014, Unitaires (ex-GU emportant une majorité des militant-e-s) s’y est très clairement engagé et le choix du dépassement a été confirmé en juin 2014 par la GA et la FASE.

En prenant majoritairement lors du précédent congrès la décision de participer à la création d’Ensemble !, les Alternatifs ont choisi de déployer à une plus grande échelle, les 2 axes stratégiques qui ont toujours été les leurs : l’unité de la gauche de transformation de la société et la construction d’un parti-mouvement de gauche alternative : solidaire, écologiste, féministe, autogestionnaire et altermondialiste.

En ce sens, il n’y a nulle disparition des 4 piliers fondamentaux des Alternatifs. Il s’agit bien de leur prolongement et de leur développement dans un cadre élargi, permettant de peser autrement plus fort dans un contexte d’offensive libérale. Indépendamment de ce que sera l’avenir du Front de Gauche, la gravité de la crise systémique rend plus que jamais nécessaire le rassemblement de la gauche alternative en vue de contribuer à changer les rapports de force et à offrir la perspective d’une autre société.

Notre apport collectif hérité de notre histoire et de nos pratiques, est pris en compte par Ensemble ! et croise d’ailleurs des démarches de militant-e-s venant d’autres horizons politiques, associatifs ou syndicaux.

L’orientation politique en matière éducative travaillée par la commission Education des Alternatifs est en passe d’être très majoritairement reprise par Ensemble !. Les militants des Alternatifs, avec d’autres, ont été à l’origine de la création de la commission démocratie active et autogestion qui regroupe plusieurs dizaines de militant-e-s et l’Université d’été a consacré un moment central aux débats sur l’appropriation sociale et a permis de mesurer l’apport des expériences des SCOP, par exemple des ex Pilpa de « la fabrique du Sud » ou des ex Fralib de la toute récente SCOP-TI…

Bien évidemment, loin d’être achevé, Ensemble ! reste un processus en construction. Des questions restent en suspens, des risques doivent être écartés, des débats demandent à être approfondis. Ainsi dans un contexte d’incertitude sur l’avenir du Front de Gauche, l’initiative récente de la création du «  Mouvement pour la 6ème République » représente un risque, celui de la captation de ce combat par un seul courant politique ou comme tremplin à une candidature présidentielle qui en finirait avec l’unité de la gauche de transformation. Nous considérons avec Ensemble ! que seules des « assises » représentant l’arc de la transformation sociale et écologique sont à même de prendre en compte l’avancée que représente cette lutte.

Ensemble ! s’est prononcé pour une organisation interne de type fédéral et les collectifs locaux d’Ensemble ! sont autonomes. Un débat s’est cependant engagé sur les degrés de fédéralisme et d’autonomie des groupes locaux, sur l’importance ou la relativisation de l’adhésion pour participer au Mouvement politique que représente Ensemble ! Les Alternatifs peuvent dans ce débat faire connaître les acquis politiques majeurs que représentent leurs réflexions sur le parti-mouvement et au-delà les expériences du courant autogestionnaire.

Les textes adoptés jusqu’ici par Ensemble ! reprennent pour l’essentiel des principes d’organisation qui nous sont proches. Dans la perspective du « congrès fondateur » de janvier 2015, les Alternatifs oeuvreront pour qu’Ensemble ! se dote d’une charte politique et de statuts préfigurant la société autogestionnaire que nous voulons et confirmant ces principes démocratiques d’organisation : autonomie des collectifs locaux, recherche du consensus, droit à l’objection individuelle et collective, ouverture aux expérimentations…

Enfin, si la finalité d’une société autogestionnaire fait consensus au sein d’Ensemble !, la question de l’autogestion comme démarche et comme chemin, c’est-à-dire comme axe stratégique permettant d’engager des ruptures avec le système capitaliste et de donner à voir la société post capitaliste, doit encore être débattue et approfondie.

Au sein d’Ensemble ! et ailleurs, nous continuerons à militer et à nous mobiliser avec d’autres mouvements, partis, comme nous l’avons fait depuis la création des Alternatifs, et par exemple, les écologistes radicaux, les objecteurs de croissance, libertaires, militantEs, des expérimentations autogestionnaires, dans des domaines comme les Foires à l’autogestion , les Alternatiba, et dans les nombreux collectifs locaux et nationaux… en nous appuyant sur nos piliers Autogestion , Ecologie, Féminisme, Solidarités. Pour le dépassement des Alternatifs dans le mouvement Ensemble !

Cette période d’expérimentation nous a donc permis de vérifier que le processus de convergences des différentes forces qui composent Ensemble ! est en bonne voie et devrait aboutir à l’officialisation de cette nouvelle force politique lors d’une Assemblée qui se déroulera du 30 janvier au 1er février 2015.

Nous souhaitons que les militant-e-s de notre mouvement confirment clairement le choix de notre participation à Ensemble !, choix déjà ratifié par la majorité d’entre elles/eux lors de notre congrès de novembre 2013. Ce choix serait cohérent avec la volonté exprimée depuis la création des Alternatifs de son propre dépassement et de l’émergence d’une gauche alternative.

Si tel est le cas, et dans le respect de la minorité, les militants se retrouvant dans cette orientation pourront s’investir de façon plus active dans Ensemble !, les autres pourront mener à bien leur propre projet.

Le dépassement des Alternatifs dans Ensemble ! ne signifie pas l’abandon de son patrimoine politique mais sa poursuite dans un cadre élargi et rajeuni. La continuité de ce qui fait l’originalité de notre mouvement sera le fruit de notre contribution dans Ensemble ! Au sein du nouveau mouvement, nous porterons notamment des thèmes qui nous semblent essentiels pour une véritable alternative émancipatrice : l’autogestion et la démocratie active comme stratégie pour répondre à la crise démocratique ; la RTT comme réponse à la crise sociale mais aussi pour ses dimensions féministes et écologistes …

Parallèlement, en vue de développer les idées et pratiques autogestionnaires, nous proposons sur un autre terrain de conforter un réseau pour l’alternative, l’autogestion et l’altermondialisme, largement ouvert, en mesure de garder une expression propre (à travers, par exemple, un journal/revue qui pourrait prendre la suite de Rouge & Vert), et une capacité d’initiative (à travers, par exemple, l’organisation de rencontres).

Ce réseau n’a pas pour finalité d’être un courant interne ("une tendance") figeant les débats et les positions au sein d’Ensemble. Il se veut ouvert à toutes celles et tous ceux, membres ou non d’Ensemble, qui considèrent que l’autogestion à la fois comme but , démarche et chemin est une des dimensions essentielles du projet politique d’une gauche alternative et altermondialiste. A l’issue du congrès des Alternatifs en 2015,une réunion nationale de constitution de ce réseau sera organisée qui devra définir les objectifs, la forme du journal (papier ou numérique) qui sera le support spécifique de son expression, élire une(/des) équipe(s) chargée(s) du journal et de l’animation du réseau, établir le montant des cotisations permettant d’assurer son existence. Une (ou des) assemblée(s) générale(s) annuelle(s) des membres de ce réseau se tiendront pour faire un bilan et tracer des perspectives pour promouvoir toutes initiatives alternatives,autogestionnaires et altermondialistes.

Texte d’orientation voté par le Congrès du 14 Décembre 2014

Pour 67,55% 
Contre 27,73% 
Abstention 4,72%

 

 

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Published by alternatifs95
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