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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 16:27

 

Le succès spectaculaire d'une nouvelle organisation politique ­le Mouvement 5 étoiles ou M5s, de Beppe Grillo - aux élections législatives en Italie, oblige à s'interroger sérieusement sur la nature de ce mouvement.

La tentation est grande d'utiliser des qualificatifs passe partout (<<populisme») ou de faire appel au passé (<<fascisme»). Cela ne fait pas avancer l'analyse d'un millimètre. Il me semble préférable de partir des réalités concrètes pour tenter de comprendre ce qu'est le «grillinisme».

 

QUI A VOTÉ GRILLO!

 

Je n'ai pas trouvé de sondages «sortie des urnes» ou d'autres études permettant de se faire une idée du profil type de l'électeur du M5s. Par contre, on peut s'appuyer sur l'analyse des transferts de voix entre les législatives de 2008 et celles de 2013 ainsi que sur les cartes électorales de 2013 : pourcentages obtenus par les quatre partis ou coalitions ayant obtenu des élus par région et province (équivalent des départements) ; partis ou coalitions en tête dans chaque commune.

 

Évolution 2008 ­2013

 

- La droite et l'extrême droite passent d'un peu plus de 50% en 2008 à un peu plus de 31% en 2013 soit une perte de 19 points

Le centre gauche, la gauche et l'extrême gauche régressent d'un peu

 

plus de 42% à un peu plus de 32% soit un recul de 10 points environ

Le '«centre» passe de 5,5 à 10,5% avec un gain de 5%, lié à la personnalité de Monti (ce qui est peu) - Le mouvement de Grillo n'xistait pas en 2008 et atteint 25,5% en 2013

 

Si on admet que les gains du «centre» provenaient majoritairement de la droite au sens large, on en arrive à la conclusion que Grillo a bénéficié d'anciens électeurs berlusconiens dans une proportions de 60%. A relativiser, quand même, car le taux d'abstention a atteint un record (25% - très au dessus des 8% d'après-guerre)

 

2° Les zones de force (et de faiblesse) du grillinisme.

 

Il dépasse les 20% dans la quasi totalité des régions. C'est dire qu'il a une assise nationale. Son plus mauvais score (8,3%) se situe dans la province de Bozen/Bolzano, où le SVP, parti dominant de la majorité germanophone, a encore fait un tabac, en alliance avec le centre gauche. Ensuite, ce sont les Italiens de l'étranger - trop loin sans doute - qui lui donnent moins de 10%. Néanmoins, il obtient plus de 18% en Vallée d'Aoste, bien que cette région soit en partie francophone. Le seul vrai revers - relatif - se situe en Lombardie, moteur de l'économie italienne.

 

Inversement, il est en tête dans une demi douzaine de provinces et des milliers de communes. Il confirme spectaculairement son succès d'octobre 2012 en Sicile avec plus de 33% et une pointe à pltls de 40% dans la province de Trapani, à l'est de la région. Bon score également dans la province de Parme dont le chef-lieu est dirigé par un grilliniste depuis 2012 et dans la Ligurie, sa province natale. Et succès dans la vallée de Suse, lieu d'une forte opposition contre la LGV Lyon-Turin que Grillo a condamné.

 

Cependant, on a la surprise de constater qu'il fait souvent ses meilleurs scores dans les régions les moins urbanisées: toute la moitié sud de la Sicile, le Latium en dehors de Rome, la Sardaigne, les Marches, les Abruzzes... Ce qui va à rebours de l'image convenue du sympathisant: jeune, urbain et diplômé.

 

On peut distinguer deux lignes de force

 

Cette mise au pilori ratisse large et intègre tous ceux qui font partie du système (y compris les syndicats). «Va te faire enculer !»» Rentre à la maison !». Il faut rappeler que la violente cure d'austérité appliquée par Monti et son gouvernement de «techniciens» a reçu l'appui de la quasi totalité des députés sortants (y compris ceux d'ldV alliés désormais à la gauche) et n'a pas été vraiment combattue par les syndicats. Sans oublier les scandales en tout genre qui ont même éclaboussé des partis qui se voulaient «propres». Ce rejet des gens en place a été exploité jusqu'à l'os par Grillo qui est, pourtant, une ancienne vedette de télévision et ne vit pas dans le dénuement. Il va jusqu'à dire qu'il préférerait, comme ministre des finances, une mère de famille devant élever trois enfants.

 

2° Des propositions radicales (au sens premier du terme)

 

Contrairement à ce que prétend une certaine presse française, le M5s a un programme. Il est même très détaillé (plus d'une centaine de revendications)et apparaît généralement très démocratique, très social et très écologique. Un exemple: un «revenu de citoyenneté» d'environ 1000 euros financé par la suppression des allocations chômage et la suppression des dépenses inutiles (en particulier militaires). On comprend qu'il passe pour un «dangereux gauchiste».

 

LE MOUVEMENT 5 ÉTOILES EXISTE.T.IL !

 

Grillo dit que son mouvement n'est pas un «parti» mais il se présente quand même aux élections et est capable de bloquer la vie politique. Quel est donc cet «Objet Politique Non Identifié» ?

Selon «Le Monde», cet OPNI aurait 250 000 «adhérents» ; 40 000 auraient participé à la désignation des candidats; un nombre indéterminé aurait donné son avis sur le programme.

Le «mouvement» est censé ne pas avoir de chef. Néanmoins, pour des raisons pratiques, les élus ont choisi des dirigeants pour leurs groupes parlementaires qui sont censés être leurs porte-parole.

 

En réalité, tout tourne autour de Grillo et de son éminence grise Gianroberto Casaleggio, dirigeant d'un groupe de communication. On l'a vu pendant la

 

campagne: refus de toute interview à

presse italienne et de tout passage à la télévision, mais blog de Grillo et meetings de Grillo pour fixer les orientations et mobiliser les foules.

 

Après les élections, les 169 élus ont été «enfermés» dans un hôtel de Rome pour écouter les directives du chef. Ils ont interdiction de s'exprimer publiquement. Seule exception: les chefs des groupes parlementaires qui ont d'ailleurs été réprimandés après avoir commis des bourdes dès qu'ils ont pu parler.

 

QUELLES CONCLUSIONS!

 

Le but de Grillo est simple: faire exploser le système. Dans un premier temps, en refusant toute alliance ce qui empêche toute majorité au Sénat et donc la formation d'un gouvernement. Ensuite, il précise: «nous voulons 100% du Parlement. Quand les citoyens seront devenus l'État, le mouvement n'aura plus de raison d'exister».

 

Mais son mouvement fonctionne selon les principes du «centralisme non démocratique». C'est à l'opposé des principes autogestionnaires et du fonctionnement horizontal des «Parti Pirate» et des «indignés». Grillo est tout, les grillinsites sont des pions quasiment interchangeables. C'est «l'homme providentiel» poussé au paroxysme dont la force vient de la puissance du «verbe». Que se passerait-il s'il disparaissait? On le devine aisément.

 

Il a dû lire des paroles de l'Internationale: «du passé faisons table rase» mais pas toutes: «pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun; producteurs sauvons-nous nous-mêmes».

 

Plus gênant peut-être, le «tous pourris» est, quand même, la marque d'un discours d'extrême droite. C'est à cette aune qu'il faut analyser une de ses phrases récentes: «Si nous échouons, ce sera la violence dans la rue». Que faut-il comprendre: «je joue un rôle utile en canalisant la colère» ou «si vous ne m'écoutez pas, je lâche les chiens»

 

Gérard FRETELLIERE

 

 

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