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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 15:15

La crise systémique est une crise de civilisation. C’est tout d’abord une crise majeure du capitalisme qui se voit confronté à l’éclatement simultané de contradictions sociales et écologiques. Depuis le milieu des années 1970, les classes dominantes n’ont eu de cesse de restaurer les profits capitalistes en augmentant l’exploitation du travail, en attaquant les salaires et les droits des salarié-e-s notamment par leur mise en concurrence généralisée dans la mondialisation néolibérale. Le tout accompagné par une expansion de la financiarisation de l’économie. Ce modèle économique a débouché sur la crise de 2007/2008 qui n’en finit pas de s’approfondir à l’échelle mondiale avec les conséquences que l’on connaît : le chômage de masse et la précarité galopante.

La dimension écologique de la crise est fondamentale. Les derniers travaux du GIEC confirment la gravité du réchauffement climatique. A cet égard, les mobilisations autour du prochain COP21 à Paris en 2015 seront essentielles. Pollutions, recul de la biodiversité, épuisement des ressources et dérèglements climatiques donnent la mesure de cette crise. La catastrophe de Fukushima a posé de manière radicale la question du nucléaire et l’exigence d’y renoncer de manière immédiate et définitive. Cette crise écologique s’exprime aussi dans de grands projets inutiles et imposés, de plus en plus contestés par une mobilisation citoyenne multiforme qui est un des fondements de la politisation radicale d’une partie de la jeunesse.

Ainsi, nous avons à faire à un véritable « capitalisme du désastre » qui ne sait pas comment faire face à ses propres contradictions sans les aiguiser : « le capitalisme ne peut trop exploiter la force de travail sans ruiner ses possibilités d’expansion, et il ne peut non plus trop exploiter la nature sans détériorer ou détruire la base matérielle de l’accumulation » (J.-M. Harribey). Face à cela, le pire -des solutions politiques de plus en plus autoritaires, voire post-fascistes- comme le meilleur -un changement radical porté par les peuples vers une véritable alternative au capitalisme- sont possibles.

La crise systémique est aussi une crise géopolitique. La remise en cause de l’hégémonie du « Nord » est un phénomène majeur qui ouvre des possibles émancipateurs. Après le temps des décolonisations, une nouvelle étape s’est ouverte à partir des années 1990 en Amérique indo-afro-latine et à partir de 2010 dans le monde arabe par l’ouverture d’un processus révolutionnaire social et démocratique. Ces processus populaires recèlent une dynamique émancipatrice dans laquelle se pose la question de l’auto-organisation des dominé-e-s. Ils sont toujours ouverts et vivants même s’ils ne sont pas linéaires. Ils sont marqués par de nombreuses contradictions et doivent faire face à d’importantes difficultés.

Celles-ci peuvent prendre la forme de l’offensive des mouvements djihadistes, qui doivent être combattus en particulier en fournissant des armes aux forces qui s’y opposent ; ceux-ci se nourrissent des impérialismes qui sacrifient les volontés populaires sur l’autel de leurs intérêts et dont les chocs déstabilisent durablement des régions entières, comme le montre l’émergence de l’organisation de « l’Etat islamique » en Syrie et en Irak. Ainsi les impérialismes des Etats-Unis et des puissances européennes sont toujours bien vivants -à l’image de leur actions en Ukraine ou au Moyen Orient- tandis que d’anciens impérialismes -le rôle de la Russie de Poutine dans la crise ukrainienne et dans le soutien à Bachar Al-Assad en Syrie- comme de nouveaux -l’impérialisme économique de la Chine en Afrique- s’affirment.

Il est nécessaire de réaffirmer notre solidarité active avec les processus en cours en Amérique indo-afro-latine et dans le monde arabe. La solidarité avec la révolution populaire syrienne et l’aide aux révolutionnaires syrien-ne-s ainsi qu’aux combattant-e-s kurdes sont d’une brûlante actualité aussi bien contre l’organisation de « l’Etat islamique » que contre le régime de Bachar Al-Assad et contre toutes les formes d’interventions impérialistes. Le FSM 2015 de Tunis en sera un moment important. Enfin, la lutte du peuple palestinien est toujours centrale et nous devons plus que jamais la soutenir. Le soutien grandissant à la campagne BDS est ici porteur d’espoir, ainsi que la mobilisation pour Gaza et son impact dans les quartiers populaires en France notamment.

La situation économique et sociale européenne est des plus inquiétantes : la zone euro, après deux années de récession, est aujourd’hui au bord de la déflation. Les bourgeoisies européennes ont fait le choix de faire payer la crise aux salarié-e-s européen-ne-s avec la généralisation à l’échelle du continent de politiques austéritaires, d’une extrême brutalité en Europe du sud, produisant une explosion du chômage et de la pauvreté.

La crise en Europe a aussi une dimension profondément démocratique. Les citoyen-ne-s européen-ne-s se sentent de plus en plus dépossédé-e-s de leur souveraineté dans une Union européenne au fonctionnement autoritaire et technocratique. Les négociations autour du TAFTA en sont le symbole. Les élections européennes ont montré l’étendu de cette crise dans sa dimension politique, sur fond de discrédit de la classe politique, avec la montée en Europe du racisme et de l’extrême droite. Mais ces élections ont aussi permis de mettre en avant des points d’appui pour faire émerger une véritable alternative européenne : c’est la progression globale de la gauche de gauche avec le score historique de SYRIZA en Grèce mais aussi l’émergence du mouvement PODEMOS en Espagne issu des Indigné-e-s. Enfin, les mobilisations citoyennes et altermondialistes anti-TAFTA montrent que les citoyen-ne-s veulent avoir leur mot à dire sur les politiques dans l’UE.

En France, la crise économique et sociale s’accentue et pour toutes réponses le gouvernement Valls II multiplie les déclarations provocatrices contre les salarié-e-s et les chômeurs/chômeuses. Dans la droite ligne de la politique menée depuis 2012, les choix économiques sont clairs -austérité et soutien au capital- et ne pourront en aucun cas apporter un début de solution à la crise et au chômage de masse. Mais la fuite en avant concerne aussi d’autres domaines : reculades sur le terrain écologique (abandon de l’écotaxe) ; renoncements multiples en matière d’égalité des droits (PMA, loi famille, droits de vote des étranger-e-s) ; discours xénophobes à l’égard des Rroms et des Musulman-e-s ; mise en place d’une politique liberticide sous couvert de lutte contre l’antisémitisme et d’antiterrorisme ; multiplication d’interventions impérialistes et soutien total à la politique israélienne contre la population de Gaza.

A cela s’ajoute une véritable crise de régime d’une Vème république à bout de souffle et d’une « majorité présidentielle » de plus en plus étroite. D’où une crise politique d’une importance majeure qui s’est révélé dans toute son ampleur lors des élections municipales puis européennes. Les crises sociale et démocratique, la crise de la représentation politique sont le terreau d’un abstentionnisme de masse et d’un vote FN qui s’ancre de plus en plus dans la société.

La montée du racisme en particulier contre les Maghrébin-es, Africain-es ou Rroms, mais aussi un certain renouveau de l’antisémitisme en sont les symptômes inquiétants. Le sentiment d’une grande partie de la jeunesse et des couches populaires de ne plus se sentir représentée par la gauche, phénomène aggravé par les politiques menées aujourd’hui, en sont une cause majeure. Le FN en profite pour tenter de construire une hégémonie culturelle d’extrême droite qui remporte des succès dans le champ politique et maintenant dans la société.

Mais des éléments de résistances et d’alternatives existent aussi. Des évolutions sociologiques de longue durée ont fait reculer les attitudes ethnocentristes et autoritaires et ont amplifié les aspirations d’autonomie et d’égalité en particulier dans la jeunesse. Une nouvelle culture politique, non sans rapport avec l’autogestion, faite d’exigences démocratiques fortes, du refus de la personnalisation et de la délégation de pouvoir s’était déjà exprimée dans les révolutions arabes puis le mouvement des indigné-e-s, Occupy, etc. : elle se diffuse dans les diverses mobilisations.

 

Des expérimentations alternatives se multiplient pour proposer des manières différentes de travailler, de consommer et de vivre avec notamment la lutte victorieuse des FRALIB ou la lutte prometteuse des ex-Pilpa, les luttes à NDDL ou encore les Alternatiba qui essaiment un peu partout. Ce sont des points d’appui majeurs pour la reconquête de l’hégémonie mais ils restent encore trop isolés, politique à une échelle de masse.

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